Compte-rendu de la saison 2009 par Daniel Testet

Publié le par Jacques GAYE

Lors de la soirée-palombe d'Escoussans, samedi 21 novembre 2009, Daniel Testet (*) a fait un bilan de la saison 2009, devant un public de 70 personnes.
(*) paloumayre à Pellegrue (lieu-dit "La Castagnère"), dans l'Entre-deux-Mers.

Photo de Daniel Testet effacée du blog


Diapo n°1 : La Belle bleue.
C'est avant tout respecter cet oiseau mythique, énigmatique, inconnu, farfelu et attirant. Pour pratiquer sa chasse et obéir à son éthique, il faut d'abord aimer l'Oiseau, apprendre à l'observer et rester humble devant lui.
La palombe est libre ; elle vient quand elle veut, elle passe où elle veut, on ne la domine pas ... Bref, ce n'est pas un gibier !
Seule chasse de séduction, la chasse de la palombe se vulgarise et devient ordinaire entre des mains ordinaires ; là, est le danger !
On ne s'improvise pas paloumaïre ; on l'est dans l'âme ; on l'est dans l'esprit. On peut apprendre mais en étant réceptif !
Chasser la Bleue, c'est aimer son vol, son chant, sa méfiance et sa noblesse.
Ce culte de la migration, c'est avant tout un hymne à l'oiseau et chacun l'exprime à sa manière.

Diapo n°2 : Prises de notes, carnets d'observation avec la Fédé, graphiques sur 11 ans dans le Lot-et-Garonne et observations notées en Gironde depuis 1998.
Mêmes critères : nombre de vols et origine, importance de ces vols, dates, horaires et pics de passage, pourcentage de poses, de prélèvements, arbres choisis par les Bleues.
Outil principal de mémoire, celle-ci nous jouant des tours relatifs à notre sélection personnelle ! Carnets ou tableaux permettant de rétablir des vérités oubliées !
Outil de comparaison permettant d'orienter sa chasse vers une meilleure "écoute" de l'oiseau, en fonction de la configuration de son site.
"Saison atypique" dit-on, car elle ne ressemble pas aux autres ! En fait, après 25 ans d'observations très ciblées, aucune année ne ressemble à une autre année. Pas un graphique de passage ne peut se superposer à un autre graphique ! Toutes les années sont atypiques ! Rien n'est prévisible et chaque saison est une vraie aventure !

Diapo n°3 : On était prêts, pour une fois ! En 2008, on avait manqué la Saint-Michel. Cette année, on allait la faire ! Dès le 26 septembre, les ficelles étaient réglées, les appeaux étaient entraînés, le camouflage des "veillets" était posé...
On regardait l'horizon, fébriles et impatients ! Et puis, rien à la Saint-Michel, rien le 4, rien le 8. On commençait à se poser la question essentielle : "Vont-elles passer cette année ?"
Il a fallu attendre le 11 octobre, en vent d'est, pour voir notre premier vrai vol à 15 h 25 : 20 en pleine cabane, sans les poser !
Il faut dire que les températures plus que clémentes en France et dans toute l'Europe n'incitaient pas l'oiseau à partir vers l'aventure du Sud, pour peu qu'il ait de la nourriture sur place !
On s'est amusé à relever les dates du premier vol. Les années 1998, 2001 et 2002 avaient vu des passages précoces en septembre ; tout avait commencé entre le 3 et le 5 octobre. Ce fut plus tardif en 2003, en 2005 et bien sûr cette année.

Diapo n°4 : Il s'agit ici du graphique personnel de passage, sur la commune de Pellegrue, côté est. S'il est une règle générale des 3 pics, on peut les voir ici en octobre, le plus fort passage du 26 dépassant les 4 000 oiseaux en 30 vols prenables par notre chasse. Mais il s'est fait également un mouvement les 6 et 9 novembre.
De manière générale, la Bleue a choisi, cette année, les mercredis, jeudis, vendredis et quelques lundis. En évitant ainsi les week-ends, elle n'a pas favorisé ceux qui étaient au travail !
Les vents de dominante nord précoces et affirmés ont surpris pas mal de chasseurs et la pose n'était guère facile.
Après un mois d'octobre aux températures matinales frôlant parfois les 20°C, la seule période un peu froide étant autour du 16 avec quelques timides gelées. Début novembre a vu quelques pluies. Ceci a peut-être eu quelques incidences sur l'arrivée massive des grives, à compter du 10 novembre.

Diapo n°5 : Cette année, le passage s'est largement décalé vers l'ouest, la palombe recherchant peut-être la fraîcheur océanique. Ceci a eu pour effet de largement sinistrer la veine orientale du grand couloir de migration. En Haute-Dordogne et Lot-et-Garonne est, cela a été remarquablement catastrophique. Par exemple, en forêt du Mas d'Agenais, on peut estimer le passage à 50 % des plus mauvaises années.
La Bleue a choisi des couloirs proches des vallées des cours d'eau ; on peut citer, dans l'Entre-deux-Mers, le Dropt, la Vignague, l'Engranne.
Les 27 et 28 octobre ont vu de forts passages en Charente-Maritime et sur la frange côtière de la Gironde, pendant qu'aux mêmes dates on assistait à des phénomènes de retour vers l'Est !

Diapo n°6 : Depuis maintenant 2005, on assiste à une dégradation au niveau de la qualité de la pose. La palombe réagit à peu près bien à l'accroche. Elle s'approche mais alors elle glisse, ne se pose pas ou se pose hors chasse. On dirait qu'elle a de plus en plus de méfiance aux appeaux.
Elle se cache, choisit bien souvent le touffu. On ne réussit plus vraiment à l'emmener aux arbres de pose. De belles poses se font encore mais dans des forêts tranquilles, dans des sites protégés et à partir de chasses en hauteur, qui permettent de ne pas dégrader le tapis végétal.
La palombe de novembre a été aussi sauvage que celle d'octobre, ce qui est assez nouveau comme réaction. On en a même vu prendre carrément la fuite et changer de direction, à l'action des appeaux.
Méfiantes, farouches, nerveuses, on pourrait continuer la liste des qualificatifs pour traduire ce comportement qui lui permet aussi de se sauver !

Diapo n°7 : Pierre Verdet, co-auteur du "Dictionnaire de la palombe" avec Jacques Gaye et Jacques Luquet, a eu l'idée de comparer le grand couloir migratoire au lit d'un fleuve. C'est également lui qui a créé "le comptage des palombes" dans le journal Sud Ouest, en s'appuyant sur des observations relevées aux mêmes lieux : Saint-Etienne-de-Villeréal pour le Lot-et-Garonne, Pressignac-Vicq pour la Dordogne, Grignols pour la Gironde, Luxey et Biscarrosse pour les Landes, Saint-Jean-de-Comtal pour le Gers, Oloron-Sainte-Marie pour les Pyrénées-Atlantiques.
Ceci a permis de suivre l'évolution du "flot bleu" au cours des dernières années. Il semblerait que les berges (Créonnais et Fumélois) soient nettement moins arrosées qu'autrefois.
Cette année, de manière générale, le nombre global de vols est en diminution. On peut toujours dire qu'elles sont passées ailleurs, comme dans le couloir rhodanien. De tous temps, les palombes sont passées là-bas (les anciens de ces régions en témoignent) et ceci en plus forte quantité qu'aujourd'hui. En plus, on n'est pas du tout sûrs que celles qui passent en Aquitaine et dans la vallée du Rhône soient originaires des mêmes contrées. La dernière analyse (celle du deutérium, isotope stable de l'hydrogène) des ailes récoltées et l'utilisation de balises Argos vont sûrement nous apprendre beaucoup sur les déplacements de la Bleue en Europe.

Diapo n°8 : On se souvient de l'époque où, sur tout le front migratoire, il y avait un jour de recul. C'était vers la Toussaint et cela annonçait la fin proche du passage. On ne voyait jamais repasser ces vols et cela était toujours un grand mystère !
Cette année, nous avons assisté à une déferlante de recul sur le Lot-et-Garonne les 27 et 28 octobre, allant jusqu'à 30000 oiseaux observés dans la journée sur un même lieu. Outre les "biroulayres", les 19 et 20 novembre derniers ont vu des "brumiers" en retour, avec des vols de plus de 500. Pour nous, à Pellegrue, hier, plus de 2000 oiseaux avec une vingtaine de vols !
Phénomènes nouveaux. La palombe remonterait-elle déjà ? ! Où cherche-t-elle plutôt sa nourriture dans le grand Sud-Ouest en faisant du "tourisme erratique" ? ! 
Autres bizarreries : Les hirondelles sont parties très tôt ; les grues sont passées à la mi-octobre mais il en reste des quantités en Champagne, au lac de Der !
On s'approche de la fin-novembre et il n'y a pas encore de températures négatives en Europe.
A croire qu'un jour, notre Bleue n'éprouvera plus le besoin de migrer !

Diapo n°9 : En fait, pour de multiples raisons, physiques et humaines, la chasse à la palombe est en pleine mutation. Face à de nouvelles situations et au comportement de l'oiseau, nous sommes plus que jamais de vrais débutants.
Les apports et les "certitudes" de nos anciens n'ont plus cours ; il faut réapprendre, tout oser. Nous sommes en totale évolution et l'observation de l'oiseau devient encore plus pointue.
D'autre part, il est vrai que son avenir est entre nos mains. Sa survie, sa gestion sont de notre responsabilité. S'informer sur ses différentes chasses, sur les abus qui ont cours devient crucial.
Chaque paloumaïre est acteur de son devenir. Pour que perdure cette fièvre qui nous ronge, il faut être vigilant et non fataliste.
Transmettre à nos jeunes est déjà un premier devoir. Ce n'est guère facile mais c'est la seule chance de sauver cette tradition qui fait partie de notre patrimoine, au même titre que l'art roman ou la culture de la vigne. 


* Article de Daniel TESTET dans l'hebdomadaire " Le Républicain " du jeudi 19 novembre 2009 :
  " A dire d'elles / Quand on fait le bilan 2009 "
 

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