Un poème sur les paloumayres de la Benauge

Publié le par Jacques GAYE


Quand passent les palombes

Dans les bois de Benauge, l'Entre-deux-Mers crépite
Aux premiers jours d'octobre quand l'oiseau bleu s'agite.
Paloumayres joyeux camouflés aux pylônes,
S'installent bien assis malgré tous les cyclones.

Quand les fiers paloumayres désertent leurs maisons
Emportant avec eux musettes et provisions
Dans le brouillard épais et à l'aube naissante
Le fusil à l'épaule et la gourde pendante.

Dans le riant matin où la brume s'enlace
Autour du bois, joli par l'odeur qui l'embrasse,
J'entonne à pleins poumons le cri sacré "sémère"
Retentissant accord dédié aux palombières.

Quand passent les palombes superbes et méfiantes
En vols majestueux à coups d'ailes ardentes
Quand les yeux du chasseur clignotent infiniment
Sur les "garrailles" nues rabotées par le temps

Michel, Jacques et Jean-Claude, là-bas à Mazerolle
Dans les plis du vallon où l'alouette grisolle,
Aux parfums de salmis et Diane chasseresse,
Se répand le bonheur en des flots d'allégresse.

Scrutant le ciel d'octobre l'appeau majestueux
Complice du chasseur au regard malicieux,
Lorsque vient le ramier succulent granivore,
Vient se poser enfin sur le sol dès l'aurore.

Et si à Escoussans les palombes sont belles,
A Cantois, à Arbis elles sont plus rebelles.
Si Targon et Baigneaux se joignent au festin,
Ladaux, Cessac, Courpiac en prennent le chemin.

A quelques lieux de là, vers Cachaou, Maroutine,
Où l'oiseau bleu magique déploie ses ailes fines,
Va bifurquer soudain saluant les "cassayres" !
Du pays de Benauge défiant les "roucoulayres".

Au "jouquet" le silence est un devoir sacré,
A l'autel de la chasse où l'oiseau s'est posé,
Le gris bleu du ramier décore le paysage,
Tandis que le chasseur lui sourit à l'image.

Dans le coeur de Benauge, là-bas à Montignac,
Du côté de Marot, la palombe a du "gnac" !
Frédéric et Christian admirent sa beauté,
Didier, Eric, Hervé, sa pleine majesté.

Du Hayas à Fonbelle, l'oiseau bleu scrute Gilles,
Il passe par les bois pour éviter les villes,
Chênes, pins, châtaigniers sont ses abris de pose,
Espère une journée qui ne soit pas morose.

Quand le soir fatigués, ils racontent leurs prises,
Dans le bistrot du coin, y'a plus de places assises,
Celui qui ment le mieux est porté en héros,
Celui qui ne sait pas on lui rit dans le dos.

Saintes gens de Benauge, des vignes et des vallées,
De vos grappes fécondes, aux célestes rosées,
Magnifiez l'oiseau bleu d'une gloire immortelle,
Et volez avec lui dans la vie éternelle.

                                                                        Michel Peyré
                                                                      novembre 2003


* Lors de la soirée-palombe d'Escoussans, le 21 novembre 2009,
  ce poème a été déclamé par Daniel Salvage (de Ladaux).

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